Crédit photo : Bruno Belleudy

Dans le cadre du concert de la formation « Brillant Corbeau », le 20 mai 2026, dans la saison Grand 8 du Conservatoire de Chalon-sur-Saône, nous avons discuté avec le porteur du projet : le musicien Vincent Girard.

Peux-tu nous parler du projet dans sa globalité : son origine, son style ?

La genèse de ce projet remonte à mon intérêt pour les musiques ternaires de l’océan Indien, notamment à travers Iray. J’ai beaucoup voyagé là-bas pour jouer : j’y ai fait plusieurs tournées, et en 2020, je suis resté plusieurs mois pour un projet important.

En parallèle, ça fait une dizaine d’années que je joue avec David, le chanteur et percussionniste du groupe. Il y a deux ans, on est partis ensemble en tournée à La Réunion, et au retour, j’avais en tête depuis longtemps l’envie de monter mon propre groupe. À chaque fois que j’écrivais un thème, j’entendais instinctivement David poser sa voix dessus. C’est comme ça que l’idée s’est imposée : réunir mon amour pour le maloya, le jazz et la musique improvisée au sein d’un quartet, devenu finalement un quintet.

Plutôt que de parler de “fusion”, je préfère évoquer une forme de dialogue entre ces différentes musiques. J’ai écrit des morceaux, que nous avons ensuite développés collectivement. J’ai d’abord travaillé avec David, puis nous avons ouvert le processus aux autres musiciens. Le style du groupe est aussi profondément lié aux personnalités qui le composent : c’est avant tout une famille musicale.


Justement, peux-tu nous parler du groupe ?

Oui, on est cinq. Ce sont tous des musiciens avec qui j’ai une longue histoire.

Par exemple, Elvire : ça fait quinze ans qu’on joue ensemble. Ce projet n’aurait pas de sens sans elle. Lou, avec qui je joue beaucoup, m’a surpris dans ce contexte : je découvre chez lui une facette plus tournée vers l’improvisation libre, que je ne connaissais pas forcément. Quant à Sophie, la flûtiste, on a fait nos études ensemble mais on ne s’était jamais vraiment retrouvés musicalement depuis. J’ai beaucoup joué avec son frère, mais pas avec elle. Et quand j’ai eu envie d’intégrer la flûte au projet, c’est naturellement à elle que j’ai pensé.


Comment s’est construit le choix des instruments ?

Au départ, il y a presque un “ego trip” de bassiste (rires) : comme souvent, on enlève les instruments harmoniques pour avoir plus de liberté !

Je voulais un quintet sans instrument harmonique, avec au moins deux soufflants pour porter l’harmonie. Le point de départ, c’était vraiment le duo avec David.

Le trombone s’est imposé assez naturellement : mes parents sont trombonistes, j’ai grandi avec cet instrument, c’est un son qui m’habite profondément. La flûte est venue ensuite, dans une recherche de timbre. Sophie joue notamment de la flûte alto, plus grave, qui se marie très bien avec le trombone.

Quant à Elvire, elle ne joue pas seulement de la batterie : elle utilise aussi un métallophone et tout un univers de percussions, avec un jeu très impressionniste. Je voulais aussi que David puisse naviguer entre le chant et les percussions, en interaction avec la batterie. Finalement, tout s’est fait assez naturellement, entre affinités humaines et besoins musicaux.


Pourquoi ce nom : “Brillant Corbeau” ?

C’est un nom qui mêle plusieurs choses, à la fois personnelles et symboliques.

D’abord, il y a une forme d’opposition poétique. J’ai eu 40 ans récemment, je suis devenu père, et tout ça a fait remonter beaucoup de questionnements liés à l’enfance, à la famille. Le répertoire parle beaucoup de ces thèmes. “Brillant Corbeau”, c’est un peu l’idée de la lumière dans l’obscurité : la vie est faite de moments lumineux et de zones plus sombres, et c’est cet équilibre qui nous construit.

Il y a aussi une dimension plus symbolique. J’ai toujours été passionné par les animaux, et je me suis intéressé à la figure du corbeau. Au Moyen Âge, il devient associé aux ténèbres, mais auparavant, notamment avant l’influence dominante du catholicisme en Europe, il avait une symbolique plus positive, presque bienveillante.

Et puis il y a une image très concrète : un jour, à Cluny, j’ai observé des choucas des tours, une sorte de petit corvidé avec un cercle clair autour des yeux. Leur plumage avait des reflets brillants. Cette image m’est restée, et le nom “Brillant Corbeau” s’est imposé comme une évidence.


Le projet est assez récent. Peux-tu nous parler de sa création ?

Oui, la création est récente. J’ai commencé à écrire la musique il y a environ deux ans. On a fait une première session de travail chez moi il y a un an.

Ensuite, j’ai cherché des partenaires pour accompagner la création. J’ai senti que le groupe trouvait un son cohérent, fidèle à ce que je voulais, notamment dans l’équilibre entre traditions et improvisation.

Le premier partenaire a été la compagnie Champrouge, que j’ai cofondée avec Célia (Forestier) il y a trois ans. On a ensuite été accueillis en résidence au Crescent, avec le soutien du CNM. Il y a eu une première restitution à Nevers avec Big Bang, puis un concert au conservatoire de Chalon, qui constitue en quelque sorte la première véritable date officielle du groupe.


Il y a aussi un volet pédagogique autour du projet ?

Oui, c’était très important pour David et moi. Il y a un vrai travail de médiation.

David a mené un projet dans une école primaire autour du maloya, avec une approche très orale et rythmique. Les enfants présenteront d’ailleurs une restitution.

Au conservatoire, nous avons également encadré un atelier mêlant élèves de jazz et de musiques du monde. L’idée était de les confronter à une autre approche du rythme et de la transmission : même si j’écris des arrangements, beaucoup de choses se passent dans l’instant, avec des signaux, des appels. C’est une autre manière de faire de la musique, et c’était intéressant pour eux de l’expérimenter.


Et la suite pour Brillant Corbeau ?

La prochaine étape, c’est la captation vidéo cet été, puis le développement du projet : démarchage, recherche de partenaires, et préparation d’un album. L’enregistrement est prévu pour 2026, avec une sortie envisagée au printemps 2027.

On est encore au début, mais les premiers retours, notamment à Nevers, sont très encourageants. On avance étape par étape.

Infos sur le concert à Chalon et billetterie : conservatoire.legrandchalon.fr