Alors qu’au-dessus de nos têtes, la mission lunaire d’Artemis II s’achève avec succès, nous vous proposons sur CurioCity un focus sur le spectacle musical Major Dog (hommage à David Bowie, disparu il y a dix ans, et à la conquête de l’espace). Un premier contenu en lien avec notre présence au Printemps de Bourges 2026, et avec l’actualité, donc. Rencontre avec Laurène Parent de la Cie Tea Time Prod (alias Laïka).
Une question que je pose souvent : s’il fallait pitcher le spectacle en quelques mots pour donner envie, ça donnerait quoi ?
Eh bien… Est-ce que vous avez déjà rêvé de partir dans l’espace sur des musiques de David Bowie ? Si oui, il faut venir voir le spectacle !
C’est vrai que c’est un très bon résumé. Et du coup, c’est quoi un petit peu le contexte, le concept ? Je sais que c’est un spectacle musical, mais j’ai vu aussi qu’il y avait des actions culturelles à côté. À quoi peut-on s’attendre plus précisément ?
Oui, bien sûr. Nous, on est à la base une compagnie de théâtre musical. C’est notre deuxième spectacle jeune public. Ça fait trois ans qu’on tourne avec un autre spectacle qui s’appelle Le Mystère du Colibri, qui traite, et qui tourne toujours, de la gestion des défaites à hauteur d’enfants, le tout en musique.
On adore jouer nos spectacles, mais on aime aussi développer les thématiques qu’on défend avec les enfants et leurs familles à travers des actions culturelles. Pour cette nouvelle création, on a voulu tirer ce fil-là.
Depuis que Thomas Pesquet est parti sur la Station spatiale internationale, j’ai développé une vraie passion pour l’espace. Il a fait énormément de choses pour les enfants pour expliquer tout ça, et c’était génial pour quelqu’un comme moi qui était néophyte. C’est vrai que l’espace est fascinant.
Avec Félix, avec qui j’ai conçu le spectacle, on s’est dit qu’un spectacle sur l’espace pour les enfants, c’était vraiment trop chouette. Il faut savoir qu’on travaille ensemble depuis plus de dix ans, et qu’une de nos premières scènes, c’était un hommage à Bowie au moment de sa mort. On avait joué Led Zep sur une scène parisienne. Bowie a toujours fait partie de nos références, autant visuelles que musicales.
On s’est donc dit : si on écrit un spectacle sur l’espace, pourquoi ne pas inviter Bowie dedans ? D’autant plus que, même si le thème de l’espace n’est pas omniprésent dans sa discographie, il est très présent et l’a beaucoup inspiré.
Et puis, il y a aussi une vraie connexion avec l’histoire spatiale : au moment de l’alunissage d’Apollo 11, les images ont été diffusées à la télévision avec Space Oddity. C’est quand même incroyable. Il existe même un astéroïde nommé en son hommage.
On a eu l’impression que toutes les planètes s’alignaient, sans mauvais jeu de mots. Et puis j’ai une fille de 5 ans, et j’avais envie de lui faire découvrir Bowie. Alors on s’est lancés.
On a aussi intégré une autre de nos obsessions : la réflexion écologique. On part dans l’espace, dans une logique de conquête spatiale… mais pourquoi ? Est-ce juste pour la poésie ? Non, c’est aussi pour chercher des métaux rares, nécessaires à ce qu’on appelle dans le spectacle des “liphones”, pour fabriquer un objet que vous découvrirez sur place… Bref, pour le capitalisme, grosso modo.
On propose donc une petite critique de la société du “toujours plus”. Et cela nous permet ensuite d’ouvrir des discussions avec les enfants et les familles lors des actions culturelles.
J’aimerais aussi qu’on parle du line-up, parce que c’est important : il y a de la musique live. Vous parliez de Félix, qui était dans Therapie Taxi, c’est bien ça ?
Oui, tout à fait. Même si ce n’est pas un projet porté par Therapie Taxi en tant que tel, qui était un super groupe que j’ai beaucoup suivi. Avec Félix, on a un projet de musique actuelle qui s’appelle Vénus Vénère, avec lequel on a joué au Printemps de Bourges en 2024. C’est un projet qu’il a développé après Therapie Taxi, et auquel je participe.
Nous, on fait de la musique actuelle, on défend le live, l’expérience du concert. Donc déjà, c’est un vrai plaisir de jouer Bowie sur scène.
On n’est pas que tous les deux : il y a aussi un claviériste, Vianney Ledieu, qui vient plutôt du théâtre musical, mais qui fait ça très bien.
On interprète les morceaux de Bowie majoritairement en version originale, donc en anglais. Mais en fouillant le répertoire, on a découvert que certaines chansons avaient été traduites à l’époque par des paroliers, avec l’accord de Bowie, certaines ayant même été chantées par lui en français.
Donc on reprend surtout les versions anglaises, mais aussi quelques adaptations françaises des années 70, notamment Life on Mars et Space Oddity.
On a pensé ces moments musicaux comme une initiation au concert : même si ça reste du théâtre musical avec du texte, dès que la musique démarre, l’idée est que les enfants se lèvent, tapent dans les mains, dansent, chantent.
Comment s’est fait le choix des morceaux dans un répertoire aussi vaste ?
On avait d’abord la trame : partir dans l’espace. Ensuite, on a cherché dans le répertoire de Bowie les chansons qui évoquent l’espace, le rêve, l’envie d’ailleurs.
Et il se trouve qu’on a aussi une histoire de chien dans le spectacle, ce qui nous a amenés à intégrer Diamond Dogs, qui fonctionnait très bien avec notre personnage.
On a donc sélectionné les morceaux qui correspondaient à notre univers, puis on s’est lancés dans l’écriture. Et ce qui est assez fou, c’est qu’on s’est rendu compte que tout s’imbriquait très bien. Les chansons se “tuilaient” naturellement avec l’histoire.
Justement, on parlait aussi de l’espace et de certaines inspirations comme Laïka… Vous incarnez ce personnage ?
Oui, exactement. Quand on écrit pour le jeune public, on veut qu’il y ait différents niveaux de lecture.
On a donc intégré des clins d’œil à la conquête spatiale, passée et actuelle, notamment avec le programme Artemis.
Quand on pense aux débuts de l’exploration spatiale, on pense aux premiers êtres envoyés là-haut. Et notamment à Laïka, le premier mammifère envoyé dans l’espace.
On s’est interrogés : pourquoi envoyer un chien plutôt qu’un humain ? Est-ce qu’une vie animale vaut moins qu’une vie humaine ? Ce sont des questions qu’on soulève, sans donner de réponse.
Mais si les enfants veulent simplement voir une chienne partir dans l’espace et s’amuser, c’est aussi très bien !
Combien de temps a pris la création du spectacle ?
Avant la première présentation publique, qui n’était pas encore la version définitive, il y a eu environ un an et demi de travail.
Les répétitions arrivent finalement assez tard. Le plus long, ça a été la réflexion : choisir les morceaux, définir les thématiques, éviter de partir dans tous les sens.
L’espace est infini, donc on pourrait tout y mettre. Il a fallu cadrer. On ne voulait pas non plus trahir l’univers de Bowie, raconter n’importe quoi en utilisant son œuvre. On voulait rester dans des thématiques qu’on imagine proches de lui.
On a aussi beaucoup travaillé la scénographie avec notre metteuse en scène, Bénédicte Le Lay, pour créer quelque chose de visuel, immersif, mais aussi sobre.
Ensuite, il y a eu tout le travail musical : les arrangements, en restant fidèles à l’original tout en adaptant pour trois musiciens sur scène. Certaines choses sont en bande pour garder une ampleur sonore, mais l’objectif reste une vraie sensation de live.
Et seulement après tout ça, on est entrés en répétition, il y a environ six mois. Les premières dates ont eu lieu en janvier.
Et pour la suite ?
On est très heureux, la tournée s’annonce bien. On a déjà fait deux premières dates dans des salles qui nous ont soutenus.
On sera au Printemps de Bourges, ce qui est une belle opportunité de rencontrer des professionnels et le public.
Ensuite, on a un planning assez chargé. On adore jouer devant des scolaires : des salles pleines d’enfants, libres de réagir comme ils veulent, c’est un vrai bonheur.
On sera aussi au Festival de Marne, en région parisienne, avec des représentations scolaires et tout public.
Les dates continuent de s’ajouter, et on est très contents de l’accueil. Le spectacle semble plaire aux programmateurs, notamment parce que c’est Bowie, et il fonctionne aussi très bien en intergénérationnel.
Par exemple, une grand-mère est venue voir le spectacle sans connaître la musique de Bowie. Elle est venue nous voir à la fin en disant : « Je connaissais le personnage, mais pas la musique… quel poète ! »
C’est exactement ce qu’on espère : un partage entre générations.
Oui, c’est vrai que faire découvrir, c’est toujours précieux. À bientôt, peut-être à Bourges alors !
Avec plaisir. Au revoir !
